27/05/2026
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Je me suis souvent demandé ce que ces bouquetins pouvaient se raconter, perchés sur leurs balcons de pierre, quand la montagne retombe dans son silence de cathédrale. Peut-être échangent-ils des histoires de glaciers qui reculent, des tempêtes traversées, qu'ils commentent la couleur du ciel, qu'ils se rappellent d'anciens hivers, ceux où la neige arrivait sans prévenir ? Peut-être parlent-ils des humains qui passent, de leurs sacs trop lourds et de leurs souffles trop courts ?
J'ai attrapé mon sac, mon appareil et je suis parti comme un gamin qui s'apprête à surprendre une bande de copains. Et je les ai trouvé là, riant à s'en décrocher les flancs, tellement secoués, j'ai cru que l'un d'eux allait rouler dans le pierrier.
Adossé à ce rocher, je les ai écouté de longues minutes, immobile, presque retenu par leur bonne humeur.
Je les pensais joueurs, bienveillants, de paisibles compagnons de sentiers.
Et puis le rideau est tombé. Ils riaient du monde, de nous, de nos pas hésitants et nos vestes fluo. Car si les randonneurs se réjouissent de les apercevoir au détour d'un lacet, le soir venu, les bouquetins débriefent leur f***e journée : l'un d'eux mimait la "pause au sommet", pendant que l'autre faisait semblant de chercher le GR comme un touriste perdu.
Et comment leur en vouloir ? Leurs sabots, chefs-d'œuvre d'équilibre, les portent là où nos chaussures trébuchent.
Si vous saviez ce que j'ai entendu...
🐐 "Les humains cherchent le sommet pour trouver la paix, nous on trouve la paix quand ils redescendent. En me réveillant de ma sieste, je fais un pas et je trébuche sur un caillou humide. J'ai senti l'humain en moi. Alors j'ai fait semblant d'avoir voulu tomber, et j'ai balancé quelques pierres sur les curieux en contre bas !
Sans parler de celui qui, hier soir, essayait de grimper là où je passe pour aller pi**er. Il a mis une heure vingt. Une heure vingt. Je voulais presque lui laisser un mot d'encouragement."
(Bouquetins des Alpes, Savoie, France)