08/09/2026
🇫🇷 « L’ARMÉE A CHANGÉ MA VIE. POUR LE MEILLEUR… ET POUR TOUJOURS. »
J’ai longtemps hésité avant d’écrire ça.
Pas parce que j’ai honte.
Mais parce qu’expliquer ce qu’il se passe dans ma tête à quelqu’un qui ne l’a jamais vécu, c’est presque impossible.
J’ai fait plusieurs missions. L’Afghanistan. Le Sahel. D’autres endroits dont je préfère ne pas parler.
À l’époque, je pensais que le plus difficile serait ce que j’allais vivre là-bas.
Je me trompais.
Le plus difficile, c’est parfois ce qu’on ramène avec nous.
Aujourd’hui, je suis chez moi. Je suis en sécurité. J’ai ma famille autour de moi.
Et pourtant, une partie de moi est encore ailleurs.
Un bruit sec dans la rue et mon corps réagit avant même que mon cerveau comprenne.
Une porte qui claque trop fort.
Une voiture qui accélère brutalement.
Un pétard.
Un feu d’artifice.
Les gens lèvent la tête et regardent les couleurs dans le ciel.
Moi, je cherche d’où vient le bruit.
Je regarde autour de moi.
Je repère les sorties.
Mon cœur accélère.
Mes épaules se contractent.
Et pendant quelques secondes, je ne suis plus vraiment là.
Alors les feux d’artifice, pour moi, c’est terminé.
Ce qui est une fête pour les autres peut devenir une épreuve pour moi.
La nuit aussi est différente.
Il y a des nuits où je dors normalement.
Et puis il y en a d’autres où je me réveille brutalement sans comprendre pourquoi.
Parfois je fais le tour de la maison.
Je vérifie une porte que j’ai déjà vérifiée.
J’écoute un bruit que personne d’autre n’a entendu.
Ma famille me dit :
« Tout va bien. »
Je le sais.
Mais mon corps, lui, n’a pas toujours reçu le message.
Le plus étrange, c’est que si on me demandait si je regrette de m’être engagé…
Non.
Je ne regrette pas mes frères d’armes.
Je ne regrette pas les missions.
Je ne regrette pas les moments extraordinaires.
Je ne regrette pas cette fraternité qu’on ne retrouve pratiquement nulle part ailleurs.
L’armée m’a construit.
Elle m’a donné énormément.
Mais elle m’a aussi changé à jamais.
Et ce que je regrette profondément, c’est ce qui arrive parfois après.
Quand l’uniforme est rangé.
Quand les missions sont terminées.
Quand tout le monde pense que tu es rentré…
…alors qu’une partie de toi est encore là-bas.
Moi, j’ai énormément de chance.
J’ai une famille qui me soutient.
Une famille qui a appris à comprendre mes silences.
Mes réactions parfois disproportionnées.
Mes mauvaises nuits.
Les moments où j’ai besoin de sortir d’une pièce.
Les endroits où je ne veux plus aller.
Ils sont encore là.
Et je sais parfaitement que tous les militaires touchés par un syndrome de stress post-traumatique n’ont pas cette chance.
Certains se retrouvent seuls.
Certains perdent leur couple.
Certains s’isolent.
Certains n’arrivent même pas à expliquer ce qu’ils ressentent.
Et certains passent des années avant d’accepter simplement cette phrase :
« J’ai besoin d’aide. »
J’ai pu être accompagné.
Tout n’a pas été parfait, loin de là.
Mais j’ai rencontré des personnes qui m’ont aidé.
Alors lorsque je vois certains anciens camarades lutter pendant des mois pour être entendus, reconnus ou simplement orientés vers la bonne personne…
ça me fait mal.
Parce qu’un militaire qu’on envoie en mission, on sait parfaitement où le trouver.
Mais lorsqu’il rentre avec des blessures qu’on ne voit pas…
il ne devrait jamais avoir à se battre une deuxième fois pour qu’on s’occupe de lui.
Je ne demande pas qu’on ait pitié de nous.
Je ne veux surtout pas ça.
Je voudrais simplement que les gens comprennent une chose.
On peut rentrer avec ses deux bras.
Ses deux jambes.
Sans cicatrice visible.
Sourire sur une photo.
Aller chercher ses enfants à l’école.
Faire ses courses.
Dire bonjour à ses voisins.
Et pourtant mener, chaque jour, une bataille que personne autour de vous ne voit.
Aujourd’hui j’avance.
Parfois vite.
Parfois beaucoup moins.
Il y a des choses que je ne pourrai probablement plus faire comme avant.
Mais j’avance.
Pour ma famille.
Pour ceux qui sont encore là.
Et aussi pour certains qui ne le sont plus.
Si un militaire ou un ancien militaire lit ces lignes et se reconnaît :
parle.
À ton médecin.
À ta famille.
À un camarade.
À quelqu’un.
Parce que pendant des années, on nous apprend à tenir.
Mais parfois, le plus grand courage consiste simplement à reconnaître qu’on ne peut plus tenir seul.
🇫🇷
Texte anonymisé et reconstitué afin de préserver toute identité.
— Militaire – Un rêve