23/06/2026
Aujourd’hui, je prends la parole non pas comme un héros, mais comme un homme qui a connu la guerre, la chute, les blessures invisibles et le long chemin de la reconstruction.
À l’âge de 18 ans, je me suis engagé dans l’armée française. Comme beaucoup de jeunes soldats, je voulais servir mon pays, donner un sens à ma vie et défendre des valeurs qui me dépassaient.
J’ai été envoyé au Mali. Là-bas, j’ai connu les opérations, les combats, la peur, la fraternité d’armes et la réalité de la guerre. Certaines blessures guérissent avec le temps. D’autres restent enfouies profondément dans l’esprit.
Lorsque je suis rentré en France, la guerre n’était pas terminée pour moi.
Les combats avaient quitté le désert pour s’installer dans ma tête.
Sans le comprendre, je souffrais d’un choc post-traumatique. Les souvenirs, les angoisses, les cauchemars et les blessures invisibles ont commencé à prendre toute la place.
Pour tenter de faire taire cette souffrance, j’ai cherché refuge dans les addictions. La cocaïne, l’alcool, les médicaments, puis le Xanax sont devenus des échappatoires. Je croyais calmer la douleur, mais je ne faisais que l’enfouir davantage.
J’ai connu les allers-retours à l’hôpital psychiatrique pendant de longs mois. J’ai vécu des périodes où je ne reconnaissais plus l’homme que j’étais devenu. J’ai fait un coma après une overdose de Xanax. J’ai traversé des moments où je ne voyais plus aucune lumière au bout du tunnel.
Dans cette descente, j’ai perdu énormément.
J’ai perdu mon mariage.
J’ai perdu ma famille.
J’ai perdu une partie de moi-même.
J’ai également connu une profonde dépendance affective. J’ai rencontré une femme qui portait elle aussi ses propres blessures. Nous avons essayé de nous sauver mutuellement. Nous pensions pouvoir remonter la pente ensemble. Mais parfois, deux personnes blessées ne parviennent pas à se guérir. Nous nous sommes aimés sincèrement, mais nous nous sommes aussi brisés l’un l’autre.
Cette séparation a été l’une des épreuves les plus douloureuses de ma vie.
À cette époque, j’ai menti. Beaucoup.
À ma famille.
À ceux qui m’aimaient.
À moi-même.
La drogue et la souffrance avaient pris le contrôle de ma vie. Je n’étais plus l’homme que je voulais être.
Puis il y a eu le fond.
Cette période où l’on croit avoir tout perdu.
J’ai dormi dans la rue.
J’ai vécu la solitude.
J’ai connu l’humiliation.
J’ai connu le regard des autres.
Et malgré cela, une personne n’a jamais abandonné.
Ma mère.
Elle a été mon pilier lorsque je n’avais plus la force de tenir debout.
Elle a cru en moi lorsque je ne croyais plus en moi-même.
Elle m’a relevé lorsque j’étais à terre.
Sans son amour, sa patience et son soutien, je ne serais probablement pas devant vous aujourd’hui.
Petit à petit, j’ai commencé à remonter.
J’ai retrouvé un logement.
J’ai retrouvé mon fils.
J’ai retrouvé une stabilité que je pensais perdue à jamais.
Mais même après avoir retrouvé ce que j’avais perdu, il m’est encore arrivé de me saboter moi-même. Parce que les traumatismes ne disparaissent pas du jour au lendemain. Parce que les blessures psychologiques continuent parfois à nous faire trébucher alors même que nous avançons.
J’ai commis des erreurs que je regrette profondément.
J’ai dû regarder mes fautes en face.
J’ai dû assumer mes responsabilités.
J’ai dû apprendre à redevenir honnête.
Aujourd’hui, la plus grande victoire de ma vie n’est pas une médaille.
C’est la vérité.
Pendant des années, j’ai vécu dans le mensonge.
Aujourd’hui, je dis la vérité à ma mère, à mes proches et à moi-même.
Je n’ai plus besoin de me cacher.
Je n’ai plus besoin de fuir.
Je peux enfin regarder mon passé en face.
Je suis décoré de plusieurs médailles militaires. Je vais recevoir la médaille des blessés de guerre et bénéficier d’une pension d’invalidité militaire liée aux blessures invisibles que j’ai rapportées du combat.
Ces distinctions ne célèbrent pas seulement un soldat.
Elles reconnaissent aussi le combat d’un homme qui a tenté de survivre après la guerre.
Car parfois, la bataille la plus difficile n’est pas celle que l’on mène sur un champ de bataille.
C’est celle que l’on mène contre ses propres démons.
Aujourd’hui, je ne suis pas guéri de tout.
J’ai encore des blessures.
J’ai encore des fragilités.
Mais je suis debout.
Je suis un père.
Je suis un fils reconnaissant.
Je suis un ancien combattant.
Je suis un blessé de guerre.
Et surtout, je suis un homme qui a refusé d’abandonner.
Si mon histoire peut transmettre un message, ce serait celui-ci :
On peut tomber très bas.
On peut tout perdre.
On peut se croire condamné.
Mais tant qu’il reste une main tendue, un espoir, une raison d’avancer, alors rien n’est définitivement perdu.
La dignité peut être retrouvée.
Le mensonge peut remplacer la vérité.
La lumière peut revenir après les ténèbres.
Et même après la guerre, la vie peut recommencer.