18/11/2024
Tous les matins que Dieu fait, je trais. Je prépare les bidons, le petit lait, le filtre. Quand j’arrive auprès des chèvres, elles me saluent, elles disent qu’elles m’attendent. Un peu plus t**d dans la matinée, ce sont les vaches qui appellent.
Tous les matins.
Même le jour de Noël.
Le bruit du lait qui gicle dans le pot, le grain qui se répand dans la mangeoire, le coup d’œil à chaque bête qui vient vers moi pour vérifier que tout va bien. Tout va bien.
J’ai écrit que, par quelques billets postés par-ci par-là sur cette page, j’essaierai de dire pourquoi je fais cela, tous les matins.
Alors, allons à l’essentiel.
Avec cette photo, je vise en plein dedans, l’essentiel.
Il y a des couleurs, des odeurs et des sensations qui, une fois pour toutes, sont gravées dans le cœur. Celles de l’enfance habitent les adultes et ils choisissent de les laisser affleurer, de les laisser remonter ou de les éteindre. Les miennes m’habitent si fort que même si je le voulais, je crois que je ne pourrais pas les éteindre.
Sentir la langue d’un veau râper ma main, plonger cette même main dans la fourrure d’un chien, courir après les poules et donner de l’herbe aux lapins. Regarder le lait frémir dans la casserole de fer blanc léchée par les flammes dans l’obscurité d’une cuisine qui sent le bois et les siècles qui ont passé. Les bulles se forment et dessinent une couronne tout autour du lait, sur les bords de la casserole. La surface s’agite, je souffle un peu dessus. Le lait chaud sent de plus en plus fort. Là, il commence à gonfler, la peau qui s’est formée craque, le bruit du bouillonnement monte, le lait aussi, très vite, le bouton de la gazinière est tourné, tout est fini… Le lait redescend lentement. On pose un couvercle sur la casserole comme on tire le rideau de scène sous les applaudissements.
Demain, il y a aura de la crème.