09/04/2026
Mr le maire, chers collègues, mesdames et messieurs, la trêve hivernale s’est terminée il y a tout juste une semaine. Depuis, des personnes seules, des couples, des familles peuvent être expulsés de leur logement bien souvent sans solution immédiate de relogement.
Quelques chiffres permettent de mesurer l'ampleur de la situation. En France, plus de 300000 personnes sont aujourd’hui sans domicile. Plus de 4 millions sont mal logées. Chaque année, ce sont des centaines d'enfants -plusieurs milliers selon les associations- qui se retrouvent à la rue. Et, en 2025, 912 personnes dont 31 enfants sont morts à la rue.
En France, Une famille se retrouve expulsée toutes les 20 minutes depuis la fin de la trêve hivernale
Il y a eu 30500 expulsions locatives avec le concours de la force publique en 2025 dont 79% sans solution de relogement immédiate. Le nombre d’expulsions a augmenté de 27% rapport à 2024 (données CNCJ) alors que le nombre de familles en dette n’a augmenté que de 2% : Concrètement, cela signifie que des familles basculent dans une précarité extrême, avec des conséquences graves : pertes d’emploi, ruptures scolaires, atteintes à la santé mentale et physique. La loi dite Kasbarian criminalise les locataires, elle accélère les procédures d'expulsion et fragilise davantage les locataires en difficulté.
À Caen, la situation est tout aussi préoccupante. Plusieurs centaines de personnes, environ 600, vivent à la rue, dont 80 enfants. En ce moment, chaque jour entre 100 et 120 personnes appellent le 115, dont une grande part de familles. Fait particulièrement inquiétant : certaines cessent d’appeler, faute de réponse adaptées.
Face à cela, nous vous demandons d’agir.
Nous vous demandons d’abord, mr le maire, de prendre une initiative politique forte_qu'il s'agisse d'un arrêté ou d'un vœu _ pour interpeler l’Etat et le préfet, afin de suspendre les expulsions sans solution de relogement immédiate. Même si ce n'est pas une compétence directe de la commune, la situation pose une question fondamentale de dignité humaine et d’ordre public.
Nous souhaitons également savoir si vous comptez mettre un terrain à disposition pour l’hébergement d’urgence : suite à l'expulsion du squat de la pouponnière, vous vous étiez engagé à le faire. C'était il y a 18 mois, où en sommes-nous aujourd'hui?
Par ailleurs, dans une ville où l'on compte 6000 logements vacants, il est essentiel d'identifier les logements publics qui pourraient être mobilisés temporairement, en lien avec les Associations œuvrant pour l’hébergement d’urgence, notamment via des dispositifs de prêt à usage, anciennement appelé commodat .
Monsieur le maire, nous vous appelons également à demander à l'État l'expérimentation de l’encadrement des loyers à Caen, afin de limiter la hausse des prix et de faciliter l'accès au logement.
Enfin, il nous paraît aussi indispensable de ralentir, voire de stopper l’extension des airbnb et des résidences secondaires qui réduisent le nombre de logements disponibles pour les habitants.
Plutôt que de sanctionner des personnes en difficulté, faisons le choix de la prévention.
Expulser, ce n'est pas résoudre un problème, c'est souvent l'aggraver.
Nous refusons que des enfants dorment à la rue, ce n'est pas acceptable. Ce n'est ni plus ni moins un drame social. Et ce n'est pas une fatalité, c'est une question de choix politique.
Nous, élus insoumis de la ville de Caen, appelons à faire prévaloir l’humanité sur la seule logique économique. Arrêtons de fermer les yeux face à ce drame social . »
Je vous remercie.