26/04/2026
Nous étions à la commémoration de la journée nationale du souvenir des victimes et héros de la Déportation à Bègles.
Nous vous partageons le discours poignant de la présidente de la section locale de la FNDIRP. Un discours qui sonne l'alarme alors que l'extrême droite est à nos portes.
"« Plus jamais ça ! » apparaît pour la première fois, en avril 1945, sur des panneaux faits à la main par les détenus libérés du camp de concentration de Buchenwald.
Ce slogan a tellement été utilisé et tellement bafoué, par les guerres et les génocides encore en cours aujourd’hui, qu’il finit par être vidé de son sens. Il a pourtant, pour nous, une importance toute particulière en cette journée de commémoration.
Car comment rester fidèles aux serments des déportés prononcés sur les places d’appel des camps de concentrations n***s lors de leurs libérations, qui en substance demandaient, exhortaient à être entendu, et se juraient de perpétuer cette mémoire pour que ce qu’ils avaient vécu ne se reproduise plus. C’était bien : « Plus jamais ça ! ».
C’est le sens de notre engagement à la FNDIRP, engagement à perpétuer ces mémoires, qui pour beaucoup ne sont plus, et à relayer « Plus jamais ça ! ».
« Plus jamais ça ! » c’est d’abord : plus jamais de guerre ! Car la guerre n’a jamais rien réglé ! Si ce n’est remettre du carburant dans la machine capitaliste. Jaurès jugeait que « Le capitalisme porte en lui la guerre, comme la nuée porte l'orage ». La Seconde Guerre mondiale, qui fut le conflit le plus meurtrier de l'histoire avec plus de 60 millions de morts soit 2,5 % de la population mondiale de l'époque dont la majorité fut des civils, a duré six ans, du 1er septembre 1939 au 2 septembre 1945. Pour notre pays ce fut 567 501 morts, dont 217 501 militaires et 350 000 civils.
Parmi ces civils 16 000 ont été fusillés et 109 800 sont mort en déportation. A Bègles 36 personnes sont mortes fusillées et 36 personnes sont mortes en déportation. Le monument devant lequel vous vous trouvez a été édifié en leur hommage.
A l’initiative d’un comité composé de Béglais, de famille de fusillés et du Front National (organisation de résistance créée par le parti communiste en avril 1941). Financé aux deux tiers par une souscription populaire et construit par des bénévoles.
La particularité de ce monument est aussi qu’il est un caveau dans le quel repose les corps de 20 fusillés béglais. Les quatre bas-reliefs représentent : La torture, les exterminations, la clandestinité et la résistance. Mais revenons à l’histoire.
Comment en sommes-nous arrivé là ? Quelle est la genèse de ce qui a conduit à cette seconde tragédie du vingtième siècle ?
Outre la sévérité des conditions du traité de Versailles qui provoquera un sentiment de revanchisme de l’Allemagne, l’Europe des années 1930, frappée de plein fouet par la crise économique, voit la plupart des pays traversés par d’intenses contradictions et crises sociales et politiques. A une importante remontée de la lutte des classes, répond l’émergence de courants réactionnaires, ou fascistes dont certains accèdent au pouvoir, comme c’est le cas de Mussolini en 1922, du NSDAP d’Hitler en 1933, et de Franco en 1939, appliquant une destruction systématique des organisations ouvrières.
L’arrivée au pouvoir d’Hitler fût possible par l’attitude irresponsable des libéraux autoritaires allemands désireux de se maintenir au pouvoir, malgré les désaveux électoraux. Ils appellent les n***s à gouverner le 30 janvier 1933, malgré une volonté impérialiste de ce parti théorisée dans « Mein Kampf ».
A nouveau, la guerre éclate sur notre continent après l’invasion allemande de la Pologne et l’entrée en guerre de l’Angleterre et de la France le 03 septembre 1939. Le 22 juin 1940 l'armistice entre la France et l’Allemagne est signée. Avant cette signature, il y avait eu l’appel de Charles Tillon et celui de Charles de Gaulle, respectivement les 17 et 18 juin 1940. Appels à la résistance contre l’occupant n**i et à ne pas cesser le combat. A ce moment-là, une partie de la France bascule dans la collaboration avec le régime n**i. Nous sommes le seul pays où les n***s n’ont pas eu à installer un pouvoir fasciste. Dans leur grande majorité, les élites politiques, les intellectuels, les grands patrons et les médias ont accepté le fait accompli de l’occupation. Ils n’étaient pourtant pas tous fascistes, mais ils se sont dits qu’ils étaient du bon côté du « manche », et pour quelques-uns ils ont été très très loin dans la collaboration.
Les « Jean Moulin » et les résistants de la première heure ne furent pas nombreux en 1940.
La résistance à l’occupant commence par la constitution de réseaux clandestins, par la distribution de tract, d’appels à l’insoumission et aux sabotages dans les usines. Georges Durou, qui fût longtemps président de notre section FNDIRP de Bègles, a été arrêté le 21 février 1940 pour « propagation de mots d’ordre de la IIIème Internationale et reconstitution de ligue dissoute », il avait 16 ans.
Et la répression du régime de Vichy ne se fait pas attendre, elle devance même les demandes n**ies.
Sur les 4677 fusillés recensés, 3814 ont été condamnés à mort par un tribunal et 863 l’ont été au titre d’otages. Cette répression fût féroce et zélée, les forces réactionnaires furent à l’œuvre durant toute cette période de 1941 à 1945. Déportations et fusillades se succédèrent.
La guerre commence à prendre fin, comme vous le savez dans la tenaille formée par l’armée soviétique à l’est et les alliés (dont les forces françaises libres) à l’ouest. Elle se terminera par la capitulation du Japon après les bombardements atomiques d'Hiroshima et de Nagasaki.
L’adage populaire veut que l’histoire ne se répète pas, mais qu’elle bégaye beaucoup : car les similitudes entre les années 30 en Allemagne et la politique conduite aujourd’hui en France, ne peut que nous faire réfléchir.
Nous ne pouvons pas accepter cette pente là, nous ne pouvons pas accepter cette inversion des valeurs. La parenthèse gaullienne se referme aujourd’hui, et nous ne pouvons pas laisser notre pays, patrie des droits de l’homme issue des Lumières et de la grande
Révolution de 1789, se glisser dans un fascisme déguisé.
Georges DUROU, dont j'ai parlé plus haut, fut un marcheur infatigable de la mémoire. Son fils, Jean Dominique se souvient qu'à l'un de ses retours du pèlerinage annuel au camp de Sachsenhausen, où il avait accompagné des lycéens, il disait, parlant des jeunes : "Nous leur avons rappelé que les idées fascistes, racistes, naissent dans une société où sévissent des inégalités économiques et sociales sévères, où une partie de la population n'a pas accès à la satisfaction des besoins qu'offre la société.
Le chômage en est la manifestation la plus voyante mais toutes les inégalités en sont porteuses. Nous les avons donc engagés, eux qui avaient la volonté de perpétuer ce souvenir en luttant contre l'oubli, à poursuivre le combat que nous avions mené pour la liberté et la justice dans toutes leurs composantes. Pour ne pas revoir de pareilles cruautés, nous leur avons précisé qu'il fallait lutter contre toutes les exclusions qu'elles soient raciales, qu'elles soient religieuses, qu'elles soient ethniques, qu'elles soient économiques, qu'elles soient sociales, qu'elles soient politiques
ou qu'elles soient idéologiques.
Pour combattre toute discrimination et ségrégation porteuses d'extrémisme, nous leur avons rappelé qu'il était nécessaire d'exiger l'accès au savoir, au travail, à la formation, à une juste rémunération, au logement. En 1940, certains pouvaient dire qu'on ne savait pas qu'un système fondé sur la discrimination pouvait transformer des hommes en bourreaux, d'autres en victimes.
Aujourd’hui, nous savons jusqu'où peut aller la cruauté de ce système et des hommes qui le soutiennent."
Georges, comme nous à sa suite, avons l’intime conviction que l’élévation des consciences des générations montantes est un rempart contre de nouvelles barbaries.
« Plus jamais ça » est plus que jamais d’actualité, pour construire un monde de paix et de liberté, comme l’ont dit les déportés survivants sur la place d’appel du camp de Buchenwald le 19 avril 1945.
« Plus jamais ça » : Nous le devons aussi à nos parents et à nos camarades assassinés"