26/11/2025
Depuis 48 heures, une patiente se plaint de douleurs abdominales, sus-pubiennes et de la fosse iliaque droite, d’intensité croissante, et d’une fièvre à 38°2 C.
Hospitalisation le 23 juillet à 1h00. La leucocytose est à 16 000 /mm3, la CRP à 100 mg/l. La recherche de beta-hCG reste négative
À 8h 00 Le diagnostic d'une appendicite aigue a été posé.
Le chirurgien décide une appendicectomie par voie cœlioscopique. L’information sur les risques de l’intervention envisagée n’est pas documentée dans le dossier mais a peut-être été donnée de façon orale.
Le 24 juillet, 11h40, début de l’anesthésie, induction réalisée par une infirmière anesthésiste (IADE) en présence du médecin anesthésiste qui, ensuite, quittait la salle d’intervention.
A 12h05, l’IADE note: « Insufflation hypochondre gauche et incision ».
A 12h10, peu après la mise en place du trocart ombilical, se produit une brutale chute de la PA, pour laquelle l’IADE appelle l’anesthésiste présent dans le couloir du bloc. Celui-ci, accompagné d’un autre anesthésiste, constate que : « (…) La capno (Ndr : Pression téléexpiratoire en C02 ou PteCO2, le plus souvent, entre 30 à 38 mmHg chez un sujet ventilé) est à 15, la saturation était normale et le pouls, très accéléré (…) ».Très rapidement la PA devient imprenable. Un massage cardiaque externe est immédiatement entrepris et poursuivi de façon intermittente, associé à l’administration d’adrénaline et à la pose de voies veineuses centrales. A la demande de l’équipe anesthésique, l’insufflation est arrêtée et la patiente mise en Trendelenburg. L’anesthésiste dit avoir discuté avec le chirurgien pour savoir s’il y avait un hémopéritoine important. Celui-ci aurait répondu qu’ « il y avait un peu de sang rouge mais pas d’une façon importante et que cela ne pouvait expliquer le collapsus ». L’anesthésiste avait pensé à une embolie gazeuse et mis en place une réanimation « adaptée »
Ultérieurement, le chirurgien mentionnera dans son compte-rendu opératoire: « (…) Confection du pneumopéritoine par ponction de l’hypochondre gauche à l’aiguille de VERES. Dès que la pression est à 12 mmHg, incision sus-ombilicale permettant l’introduction d’un mandrin de 10 mm. Introduction de l’optique et mise en place de deux autres trocarts sous contrôle visuel : un trocart de 10 mm dans la fosse iliaque gauche et un trocart de 5 mm en sus-pubien. Examen de la cavité abdominale permettant de découvrir un hémopéritoine de moyenne abondance que l’on n’avait pas constaté à l’ouverture. Parallèlement, le profil hémodynamique fait évoquer une embolie gazeuse. Les mesures de réanimation adaptées sont prises par l’équipe d’anesthésie (…) ».
Vers 12h45, en l’absence d’amélioration de l’état de la patiente, le chirurgien fait appel à son chef de service. Dès son arrivée, celui-ci décide, de toute urgence, et avec l’accord de l’équipe d’anesthésie, une laparotomie qui a lieu vers 13h00 (soit 50 min après le début de l’état de choc) : « (…) Incision xipho-pubienne. On retrouve un hémopéritoine de moyenne abondance et surtout un hématome rétropéritonéal étendu du détroit supérieur au méso-colon transverse. Avec l’hypothèse d’une plaie à l’introduction du premier trocart, on explore, d’emblée, la région pouvant être en cause et il est fait appel au chirurgien vasculaire du service. On trouve un or***ce péritonéal en regard de la bifurcation aortique. On comprime l’aorte en amont et l’exploration mène sur une plaie de l’artère iliaque primitive, en fait une section totale de l’artère exactement à son ostium, maintenue par un millimètre de paroi interne. Cette plaie est réparée par le chirurgien vasculaire qui obture, également, une plaie de quelques mms de la veine cave inférieure, juste à sa naissance. Ce temps vasculaire réalisé, on suture trois plaies du grêle sur une même anse, une de 2cm, les 2 autres d’environ 0,5 cm. En fin d’intervention, on se porte sur l’appendice, peu inflammatoire. Une appendicectomie avec ligature du méso en plusieurs prises et ligature de l’appendice au vicryl est réalisée (…) »
Vers 15h40, la fermeture de la paroi est effectuée avec mise en place d’un drainage latéro-aortique par un redon sortant du côté gauche ainsi qu’un drainage de la gouttière pariéto-colique droite et sous-phrénique droite par un redon en contre-incision iliaque droite. Le lavage péritonéal ramène un liquide clair en fin d’intervention.
A 17h00, la patiente quitte le bloc opératoire pour le service de réanimation où il est noté, à l’arrivée: « (…) Patiente intubée, ventilée, non sédatée, en coma aréactif. Mydriase bilatérale aréactive. PA : 84/32 mmHg ; fréquence cardiaque : 140/min ; température : 32,4°C ; SaO2 : 100%. Marbrures violacées de toute la partie inférieure du corps. Hématome cervical droit. Saignement à tous les points de ponction ainsi qu’au niveau de la cicatrice abdominale (…) ». Les examens biologiques mettent en évidence une acidose métabolique majeure avec insuffisance rénale et nécrose hépatique ainsi qu’une CIVD massive. Le traitement institué associe, outre la poursuite de la ventilation assistée, transfusions sanguines, perfusion de Noradrénaline, d’Adrénaline et de Novodeven®, ainsi qu’une rééquilibration hydro-électrolytique
Vers 21h30, reprise de l’hémorragie (300ml/h par le redon gauche) qui fait discuter une éventuelle réintervention. Cette hypothèse est finalement écartée par le chef de service de chirurgie, compte-tenu de l’impossibilité de contrôler les troubles de l’hémostase et de l’instabilité de l’état hémodynamique contre-indiquant le transport de la patiente jusqu’au bloc opératoire.
Décès le lendemain à 12h16.