26/07/2025
CANDIDATURES À L'ÉLECTION PRÉSIDENTIELLE AU CAMEROUN : LE REQUIEM DE LA SACRALITÉ DE LA FONCTION PRÉSIDENTIELLE.
°°°”L’humiliation du Continent Africain ne réside pas uniquement dans la violence, à laquelle l’Occident nous a habitués. Elle réside également dans notre refus de comprendre ce qui nous arrive.” disait Aimé Césaire. Il est tellement plus facile de manipuler et de faire croire n'importe quoi à quelqu'un qui ne se connait pas lui-même. Et, plus elle s'éloigne de ses racines, plus la ferveur d'une Civilisation s'étiole. "La Culture n'est qu'une longue interrogation, les médias ont une réponse rapide à tout; la Culture est la gardienne de la mémoire, les médias sont les chasseurs de l'actualité." nous fait remarquer Milan Kundera. J'ai l'habitude de dire à mes interlocuteurs dans mes innombrables débats, que lorsqu'on se retrouve buté à une impression de vide directionnel, le plus judicieux reste encore de se référer aux normes en vigueur. Il peut dès lors s'agir des normes culturelles ancestrales fondatrices de sa Civilisation, ou des normes légales et réglementaires établies. Et à la réalité, sous toutes les latitudes, chaque société est normée et, dans l'exercice de son droit à l'autodétermination, opère les ajustements qu'elle juge de nature à raffermir son progrès. Les sociétés Africaines sont les seules au monde qui aujourd'hui, obéissent à des Codes sociétaux imposés en inadéquation flagrante avec l'essence même de leurs Cultures, et espèrent se développer avec... Une vraie hérésie civilisationnelle.
Je ne le dirais jamais assez, la manière dont un Peuple choisit ses dirigeants est le fruit d'un construit idéologique et culturel. C'est même un marqueur Civilisationnel fort qui ne peut en aucun cas être tr****ti sans que cela cause des dommages considérables à la capacité d'un Peuple à doter sa structure sociale d'un leadership suffisamment inscrit dans la dynamique de la construction d'un progrès endogène. La démocratie occidentale chrétienne, qui en Occident même d'où elle vient, n'est pas uniformisée, a été imposée à l'Afrique après la transformation structurelle et opérationnel, mais pas idéologique, de l'esclavage en colonisation. Si beaucoup semblent en parler au quotidien avec emphase, scandant des slogans et des critères élaborés sous d'autres cieux, comme si cette conception de la dévolution du pouvoir était consubstantielle à nos cultures, il s'est pas superfétatoire de relever pour le déplorer que très peu en ont cerné le caractère vicieux et crisogène. Le multipartisme tel qu'il nous a été imposé est porteur des germes de la tribalisation de la scène politique. La possibilité d'une universalisation des mécanismes de désignation des Chefs dans une société est un leurre idéologique ! Pire, c'est une menace pour la diversité culturelle planétaire.
"Quand l'avenir est une jungle de points d'interrogation, c'est avec la machette de l'humour et de l'esprit critique qu'il faut se frayer un chemin." conseille Grégoire Lacroix. L'avenir de notre pays semble préoccuper tous les Camerounais, mais pas de la même manière et surtout, pas sous le même prisme. Pendant que certains lui prédisent déjà une funeste trajectoire et s'activent éhontément à l'y orienter, d'autres s'évertuent à s'imbriquer dans le sens du vent, telles des feuilles mortes, dans l'unique espoir de satisfaire, sans grand effort, leurs intérêts personnels. Tandis que certains s'arc-boutent sur l'idée que l'ordre établi est inamovible et qu'il est en sus, invincible, d'autres s'obstinent à dire qu'il est à bout de souffle et que cette année, c'est l'estocade finale pour sonner son glas. Mais, pendant que nous nous perdons en atermoiements, ceux qui nous ont asservis depuis des siècles, ne voient pas l'avenir de notre pays autrement que dans leur gibecière. Nous leur rendons donc finalement la tâche aisée. Et c'est bien dommage.
"Ce que vous décidez de ne pas faire est aussi important que ce que vous décidez de faire." nous rappelle Steve Jobs. J'ai décidé de ne plus déposé mon dossier de candidature à l'élection présidentielle du 12 Octobre 2025. Cette décision a été motivée par trois raisons :
Premièrement, je ne suis pas parvenu, jusqu'au dernier jour du délai légal prescrit pour le dépôt des dossiers de candidature, à réunir la totalité des 300 signatures requises, alors même que, ce que je pensais être le plus difficile, à savoir la question de la caution de 30 millions de francs CFA avait été résolue trois jours avant. Une nouvelle leçon de pratique politique apprise en sommes.
Deuxièmement, je me suis catégoriquement refusé à participer à l'esbroufe voire la mascarade à laquelle se sont livrés sans vergogne certains compatriotes, qui sont allés déposer des dossiers de candidature fantaisistes sachant pertinemment qu'ils seraient inéluctablement rejetés. Un véritable carnaval ubuesque, où le ridicule le disputait à la fanfaronnade. On aurait dit qu'ils ont cru que comme cela se fait si souvent dans des concours administratifs au Cameroun, il y aurait un moyen de prendre ses aises avec les exigences légales en la matière et peut-être, tricher pour être retenus comme Candidat à l'élection présidentielle. Pour moi, c'est un manque de respect manifeste envers notre pays et surtout les Populations Camerounaises. Il m'a été totalement impossible de me résoudre à verser dans une telle bassesse. J'aspire toujours à gouverner le Cameroun, mais je me dois de demeurer cohérent et fidèle à mon engagement politique : toujours tenir le langage de la vérité à mes compatriotes.
Troisièmement, l'élection présidentielle étant la rencontre fusionnelle d'un homme ou d'une femme avec son Peuple, il est toujours indispensable de souligner que ce qui rend ladite rencontre fusionnelle, c'est l'éventualité heureuse que le Projet de société porté par le prétendant ou la prétendante répondent effectivement aux aspirations profondes de son Peuple, ce qui lui permet d'emporter son assentiment exprimé au travers d'un vote massif en faveur de sa candidature. Au demeurant, ceci nécessite des moyens financiers, matériels et humains considérables, dont, tout bien réfléchi, je ne dispose pas encore et, malgré la volonté exprimée par beaucoup de personnes d'y contribuer, il aurait été particulièrement naïf de fonder la réalisation de mon ambition uniquement sur leurs promesses. Une autre leçon apprise.
J'entends donc désormais, à court et moyen termes, me consacrer aux élections législatives et municipales de l'année prochaine sur lesquelles, je concentrerai l'ensemble de mes ressources. Je reste intimement convaincu que nous pouvons faire la politique autrement !
Dans une société orgiaque où on a déjà tout désacralisé, où tout semble banalisé, où le renversement de l'échelle des valeurs a exacerbé le recours à la tricherie, celles et ceux qui sont allés déposer des dossiers de "fake-candidatures", portent dorénavant la responsabilité historique d'avoir organisé le requiem de la sacralité de la fonction présidentielle au Cameroun et une tragi-comédie de nature à ternir l'image du Cameroun !.°°°
Me Jean Guy ZOGO
Président Général
Union des Populations Africaines
UPA