09/03/2026
Bahati Lukwebo :
la sortie qui expose les fractures du système
Il aura suffi d’une phrase pour fissurer le mur de silence que le pouvoir pensait avoir définitivement scellé. La déclaration de Bahati Lukwebo, vice-président du Sénat et figure de la majorité au pouvoir, en est peut-être l’illustration la plus révélatrice.
En affirmant que « la Constitution n’a aucun problème ; le problème, c’est le mépris que certains ont pour les textes », il a levé un tabou en énonçant une évidence que beaucoup pensent tout bas mais que peu osent dire publiquement.
Car sous Tshisekedi, la critique interne est devenue suspecte, souvent assimilée à une tentative de déstabilisation, voire à une forme de rébellion. La loyauté exigée n’est plus celle qui nourrit le débat démocratique et la confrontation d’idées, mais celle qui confine à la servilité.
En ce sens, la prise de position de Bahati Lukwebo met en lumière un climat politique où la liberté d’expression à l'Union sacrée est étouffée, et où la simple prise de parole devient, pour certains, un risque à assumer. En son temps, Vital Kamerhe en avait fait l’expérience, lorsqu’il a été copieusement livré à la vindicte populaire pour avoir exprimé en privé des réserves sur le projet de révision constitutionnelle. Ce précédent illustre combien, dans l’écosystème politique actuel, toute voix dissonante au sein de la majorité est rapidement assimilée à une faute politique.
Pour éviter toute dérive personnaliste, le constituant congolais a encadré l’exercice de la fonction présidentielle par des limites claires et non négociables. Vouloir transformer un mandat constitutionnel en mission politique permanente revient, en réalité, à ouvrir la porte à une personnalisation illimitée du pouvoir, autrement dit à une remise en cause du principe même de la République.
Lubaya Claudel André