01/11/2025
Ce matin au cimetière du Sud à Tournai, nous avons mis à l'honneur John McCoy du 2nd Royal Dublin Fusiliers ☘️
"Mesdames, Messieurs,
C’est avec une profonde émotion et un grand honneur que je prends la parole aujourd’hui pour évoquer la mémoire du Private John McCoy.
John voit le jour en 1896 à Dublin, en République d’Irlande. De sa vie avant le conflit, les archives ne nous livrent que peu d’éléments, si ce n’est qu’il résidait avec sa mère, Annie McCoy, à Dalkey, dans le comté de Dublin.
Lorsque la guerre éclate le 28 juillet 1914, l’Europe bascule dans le chaos. John rejoint les rangs du 7e bataillon des Royal Irish Rifles et débarque en France le 19 décembre 1915.
À une date encore indéterminée, il est transféré au 2e bataillon des Royal Dublin Fusiliers.
Puis, silence dans les archives… On suppose qu’il prend part à l’ensemble des engagements de son bataillon, sans blessure répertoriée, jusqu’au 7 juin 1918.
Ce jour-là, il est porté disparu dans le secteur de Ronssoy, dans la Somme.
Le 2 août de la même année, il est signalé comme prisonnier de guerre au camp de Güstrow, en Allemagne.
Blessé ou atteint de la grippe espagnole — comme tant d’autres soldats reposant ici —, il est transféré à l’hôpital militaire allemand de Tournai où il décède le 28 octobre 1918, à l’âge de 22 ans.
Aujourd’hui, je porte l’uniforme et le drapeau régimentaire du 2e bataillon des Royal Dublin Fusiliers, en hommage à John, unique représentant de ce régiment inhumé en ce lieu.
Par ce geste, je souhaite également rendre hommage à l’ensemble des soldats irlandais, longtemps oubliés ou mal compris par l’Histoire.
Car en 1916, alors qu’ils sont encore dans les tranchées, leur patrie connaît un soulèvement qui plongera bientôt l’Irlande dans une guerre civile. Un drame dans le drame, un paradoxe douloureux, et une source d’angoisse supplémentaire pour ces hommes.
À leur retour, l’accueil réservé à ces vétérans est loin d’être unanime. Certains leur reprochent d’avoir servi l’Empire britannique. Et si, jusque dans les années 50, ils sont honorés dans leur pays, une vague nationaliste ravive les critiques, et les cérémonies commémoratives cessent.
Il faudra attendre les années 80 pour que le regard change, que le devoir de mémoire reprenne sa juste place, et que le sacrifice de ces hommes soit enfin reconnu.
L’année passée, après cette même cérémonie, j’ai pu déposer un peu de terre, rapportée de Dublin, au pied de la tombe de John. Un fragment de sa terre natale, désormais mêlé à celle où il repose.
Et cette année c’est la bruyère et le trèfle des collines d’Irlande qui lui ont été offert.
Thank you, John"