01/06/2026
Feluy : ce que le ministre Desquesnes a vraiment écrit dans son arrêté.
Dans sa défense Facebook, François Desquesnes affirme qu’il n’a rien cédé à TotalEnergies. Que sa décision est équilibrée. Qu’aucune protection environnementale n’a été affaiblie.
L’arrêté qu’il a signé dit autre chose. Grâce à une citoyenne soucieuse de la protection de l’environnement, qui en a obtenu une copie, Chronik a pu lire des pages du document. Deux passages, sur la page 132 et la page 133, contredisent frontalement la communication ministérielle.
Page 132. Le mot « pénaliser ».
Le ministre justifie d’avoir accordé à Total une autorisation d’exploitation de 20 ans, jusqu’au 10 juin 2045, par la formule suivante :
« il convient de déterminer la date d’échéance du présent permis d’environnement, en ajoutant à cette date le terme de vingt ans, soit le 10 juin 2045, de manière à ne pas pénaliser l’exploitant vu la durée de validité de celui-ci. »
L’exploitant, c’est Total. La crainte de pénaliser une multinationale est inscrite, mot pour mot, dans un arrêté officiel. Le mot « santé » n’apparaît dans aucun considérant équivalent en faveur des habitants.
Page 133. Le ministre suit Total.
Une page plus loin, le ministre justifie d’avoir supprimé deux conditions imposées par les fonctionnaires régionaux dans le permis initial : l’étude d’impact obligatoire sur les microbilles de plastique disséminées autour du site, et la limitation à 5 ans du volet urbanisme. Il l’écrit ainsi :
« il y a lieu de suivre l’argumentation du demandeur et de considérer que la condition Urb.1 ainsi que la limitation de durée du permis en ce qu’il tient lieu de permis d’urbanisme ne présentent pas une base juridique ni une justification urbanistique suffisantes. »
Le « demandeur », c’est Total. Le ministre écrit donc qu’il suit l’argumentation de Total contre celle de ses propres fonctionnaires. Cette précision n’apparaissait pas dans la défense publique du ministre.
Pourquoi cette limitation à 5 ans comptait.
En Wallonie, un permis d’urbanisme n’a normalement pas de date d’expiration. Imposer une limite à 5 ans est une mesure exceptionnelle, utilisée lorsque l’administration doute qu’un exploitant respecte ses obligations. C’était la sanction qui forçait Total à dépolluer dans un délai contraint. Sans elle, la dépollution reste théorique. L’arrêté ministériel reconnaît d’ailleurs lui-même que la contamination par les microbilles s’étend déjà jusqu’à au moins 8 kilomètres en aval, dans la Sennette, la Pignarée et le ruisseau des Neufs Viviers.
Et pendant ce temps, les données de santé publiées par l’ISSeP en novembre 2025 indiquent que 76 % des adultes de 40 à 59 ans testés à Écaussinnes dépassent les valeurs de référence d'exposition au PFHxS, l'un des PFAS suivis par l'Institut Scientifique de Service Public, contre 5 % ailleurs en Wallonie
Cette décision ministérielle, qui produira ses effets sur le quotidien des habitants pendant 20 ans, n’a jamais été publiée en ligne. Elle n’a été consultable que pendant 20 jours, en présentiel, à l’administration communale d’Écaussinnes. Sans la démarche d’une citoyenne au titre du droit d’accès à l’information environnementale, ces deux phrases du ministre seraient restées invisibles.
Il faut demander au gouvernement wallon deux choses précises. Que les décisions ministérielles sur des sites classés Seveso soient désormais publiées en ligne, et pas seulement affichées 20 jours à un guichet communal. Et que le ministre rende public le second avis rendu par les fonctionnaires régionaux à Namur au stade du recours, sur lequel il affirme s’être appuyé. Il dit que les administrations ont validé sa position. Qu’il en apporte la preuve documentaire.
On continue de décortiquer les documents officiels obtenus, et on va introduire plusieurs demandes complémentaires. D’autres papiers suivront dans les prochains jours, notamment sur l’avis défavorable unanime de la commune d’Écaussinnes ignoré par le ministre, sur les 24 signalements officiels de pollution adressés à la Région wallonne entre 2020 et 2024, et sur la régularisation administrative d’infractions documentées. Nous prenons le temps de la lecture et de la vérification.
Ibne Muna