24/08/2026
Une observation qui réjouit le naturaliste mais qui donne aussi à réfléchir sur le dérèglement climatique !
Lors de notre relevé pour l’Atlas « botanique » bruxellois, ce 21 juillet, nous avons eu l’occasion de croiser un très bel insecte, un papillon répondant au doux nom de Noctuelle purpurine (Eublemma purpurina).
Avec sa petite taille (envergure de 17 à 29 mm) et sa couleur jaune-rose violacé, il bénéfice pourtant d’un camouflage idéal, le faisant passer pour un pétale de fleur, surtout lorsqu’il se pose, la tête en bas, dans les herbes.
Première observation pour les personnes présentes, c’est une « coche » dans notre jargon !
Observer une nouvelle espèce, surtout lorsqu’elle est aussi belle que ce papillon, est toujours plaisant pour le naturaliste-amateur. Et puis, après la découverte, on se renseigne un peu, on lit des publications.
Avec seulement 4 exemplaires observés à l’échelle de Bruxelles avant 2026 (1 ex. en juillet 2020 à Evere, 1 ex. en juin 2021 à Watermael-Boitsfort, 1 ex. en août 2024 dans la gare de formation et un autre en septembre 2025 au même endroit), l’espèce a été encore r***e cette année : le 21 juillet lors de notre relevé FloraBru dans la gare et une nouvelle fois, le lendemain 22, dans la Friche Josaphat [Source : observations.be].
Elle est donc peu fréquente, nous mesurons clairement notre chance de l’avoir vue.
En fait, ce petit papillon, d’origine méridionale, remonte vers le nord depuis de nombreuses années… à cause du dérèglement climatique.
Dans les années 2000-2010, de nombreux exemplaires sont observés en peu partout dans le centre et l’ouest de la France. Elle est même observée en Normandie [Tobak et al. 2012 (R***e Alexanor-Association Oreina)].
Sa première observation documentée dans le beau Royaume de Belgique remonte au mois de juillet 2014 [De Prins et al. 2015 (R***e Phegea)].
En 2018, plus d’une cinquantaine d’individus avaient déjà été vus. En 2021, ce sont des chenilles qui sont observées, prouvant ainsi sa reproduction sur le territoire national [Catalogue of the Lepidoptera of Belgium - https://projects.biodiversity.be/lepidoptera/species/6307/)].
Renouvelée par des individus migrateurs, l’espèce est observée toujours en plus grand nombre et toujours plus au nord ! Et comme la chenille se nourrit sur les cirses (dont notamment le Cirse des champs), cette noctuelle n’a aucun problème pour trouver une plante-hôte.
Rendons-nous à l’évidence, cette observation nous livre un nouveau témoignage du réchauffement de notre climat. Les espèces du sud remontent vers le nord car les conditions y sont toujours plus accueillantes (et leur sud d’origine devenant peut-être aussi de plus en plus « invivable » pour elles).
Mais que deviennent alors « nos espèces », celles « du nord » ? Les végétaux et animaux de nos contrées remontent-ils aussi vers d’autres latitudes ? Et jusqu’où pourront-ils remonter avant de rencontrer une mer ou une montagne qui rendra (presque) impossible la suite de leur voyage ? Auront-ils aussi le temps de trouver cette zone où il leur fera « bon vivre » (ou plutôt "meilleur vivre") ? Et que penser des êtres vivants du cercle polaire ? Dans quelle direction peuvent-ils « remonter » eux ? Car le « nord » a une limite terrestre, ne l’oublions pas !
Les vagues de chaleur de cet été nous ont fait ressentir physiquement le dérèglement climatique. L’ampleur des incendies, dans les Hautes Fagnes ou ailleurs en Europe, nous démontre une des multiples facettes de notre impréparation.
Et, en ce jour de fête nationale, un tout petit papillon jaune et rose, observé par hasard lors d’un relevé botanique, témoigne, à sa manière du changement en cours. Cela fait peut-être 20 ou 30 ans qu’il remonte de son Midi d’origine, apportant lui aussi, sans faire de bruit, la preuve tangible que les températures augmentent.
Il est vraiment grand temps qu’on en prenne conscience !